Simplicité
La charité commence d’abord par une politesse exquise qui sait rendre justice à la dignité de créature aimée de Dieu, quelque soit la condition sociale. Toute personne qui a pu approcher certains enfants ou petits-enfants de l’Impératrice poura avoir une idée de l’extrême affabilité, chaleur humaine qui émane d’eux dans les relations humaines, une bonté et une affabilité, un désir de mettre à l’aise sans fausse familiarité fusionnelle. Cela leur vient de leur mère et grand-mère et se manifeste aussi par une attitude d’extrême gratitude, très eucharistique s’il en est : « Sa reconnaissance [est] aussitôt exprimée pour le moindre service » .
« Elle était très sociable avec une réserve et un tact parfaits, et sa charité m’est toujours apparue grande et vraie » . Ce qui est exprimé ici par réserve indique une qualité de savoir tenir son rang. La Servante de Dieu, malgré les nombreux titres qu’elle portait, parmi les plus prestigieux du Gotha qui soient, savaient à la fois être bien à sa place et mettre les gens à l’aise. Mais elle était communément appelée « Sa Majesté » et tout le monde, y compris sa descendance, la vouvoyait, sans qu’il n’y ait là rien d’anormal. Voici comment elle l’expliquait elle-même à une de ses arrière-petites-filles qui s’en interrogeait du haut de ses 3 ans : « ‘Chez nous, tout le monde un surnom : Baronne [Plappart], Ma Sœur, Sa Majesté’. La petite Tatjana était tout à fait d’accord ».
Cela n’empêche absolument pas une simplicité évidente. Qui sait ce qu’il est, qui connaît son rang, n’a pas à rabaisser les autres, comme le feraient les parvenus. Au contraire, il se fait accessible s’il a compris que la hauteur de son rang le faisait serviteur d’autant plus de personnes, à l’imitation du Christ-Roi. À tel point que la simplicité de la famille impériale incommodait même certains qui ne l’avaient pas perçu : « La simplicité frappe Mr. l’Abbé [Parent, au Québec]. Il aimerait même un peu plus de grandeur. Leur simplicité le gêne… ».
« Aux récréations [de Ste. Cécile], s’intéressant à nos familles, racontant des histoires de ses petits-enfants qui pouvaient amuser. Sa délicatesse pour faire plaisir : lorsqu’en 1962 elle revint à Sainte-Cécile, c’était le Mercredi Saint : elle avait assisté à la bénédiction des Rameaux à Rome et nous offrit sa branche d’olivier bénite par Jean XXIII : il y eut une feuille pour chacune. Professe temporaire, je collais la nôtre pour faire un signet et transcrivis le 1er stique du 'Gloria laus' et demandais à Mère Marie-Antonia si Sa Majesté voudrait bien l’authentifier : ce qu’elle fit, non sans savoir complété le texte du 'Gloria laus' par ‘Rex Christe’ et apposa sa grande signature solennelle ».
Son attention aux personnes se manifeste déjà dans la préparation aux visites qu’elle recevait . D’ailleurs, tout un chacun osait venir, c’est ainsi qu’un jour, une jeune fille de 18 ans environ, qui voulait aller à un mariage était venu demander à l’Impératrice si elle ne pouvait pas lui prêter une robe à crinoline. La pauvre fut déçue lorsqu’on lui dit que ce n’était tout de même pas la même époque mais bien un siècle avant que cette mode avait existé. Cela fit beaucoup rire la Servante de Dieu.